La résidence littéraire de Frédéric Ciriez

Création et animation d’une résidence d’écrivain

Le master Métiers du livre accueille pendant toute l’année 2015 l’écrivain Frédéric Ciriez des Éditions Verticales.

Le master Métiers du livre a toujours eu pour ambition, depuis sa création par mes soins en 2003, de défendre une approche décloisonnée des savoirs et des savoir-faire, équilibrant les cours dispensés par des professionnels des trois métiers et par des universitaires, et invitant chaque année des écrivains, primo-romanciers ou auteurs confirmés, accompagnés de leur éditeur, à venir parler de leurs livres, mais aussi de leur relation avec les acteurs professionnels de la chaîne du livre, de l’éditeur au critique littéraire, du libraire au bibliothécaire. Confronter des étudiants se destinant à la médiation littéraire et culturelle à l’écrivain ne relève pas d’une simple curiosité et ne vise pas à faire simplement événement. La démarche engage une réflexion de fond sur la lecture, le jugement critique, et les outils de la réception littéraire que ces futurs médiateurs doivent maîtriser face à une pléthore éditoriale endémique et un besoin crucial de tri et de sélection. L’écrivain placé en situation de lecteur de ses pairs et d’une actualité littéraire immédiate, et de formateur susceptible d’aider les étudiants, par ses qualités littéraires et rédactionnelles, mais aussi par son inscription dans le champ littéraire, à se forger un avis et à aguerrir leur plume, nous a paru un excellent complément aux discours pluriels que profèrent les enseignants-chercheurs de ce master et les nombreux professionnels intervenants dans les enseignements techniques. Son rôle est donc à la fois différent et complémentaire : il consiste à accompagner pendant toute l’année 2015 deux promotions successives d’étudiants de master 2 et l’équipe pédagogique, tout en travaillant sur son propre texte. Il n’est pas enseignant ni professionnel d’un métier mais artiste à part entière, invité à partager le regard qui est le sien sur une production littéraire dans laquelle sa propre œuvre s’inscrit, mais aussi sur les pratiques de lecture, d’écriture et de formulation d’un jugement critique que les publics d’étudiants avec lesquels il échange incarnent.

Les buts de cette collaboration auctoriale

Notre master Métiers du livre a donc pour ambition de permettre aux étudiants de renouveler leur connaissance du contemporain en articulant écriture et lecture de façon inédite et sans limiter la collaboration de l’écrivain au simple atelier d’écriture traditionnel, tel que François Bon et l’association du Carrefour des écritures, avec laquelle master et IUT ont expérimenté un atelier en 2005 (sur l’écriture et l’exil), ont pu le pratiquer. Il entend ainsi montrer qu’une des voies d’enseignement de la littérature contemporaine en métiers du livre allie réflexion théorique et pratique professionnelle, réception des textes et écriture, sous forme d’ateliers-laboratoires. Alors que ces ateliers d’écriture sont courants, notamment dans les filières littéraires et les formations à la création littéraire qui se développent en France (Paris 8, Toulouse) sur le modèle anglo-saxon (États-Unis et Royaume-Uni, notamment), le master Métiers du livre de l’université Paris Ouest jouera donc un rôle pionnier en France et dans le monde francophone en initiant ces ateliers de critique littéraire. « En lisant, en critiquant », dans sa faculté à réconcilier écriture et lecture critique, s’inscrira donc dans la continuité d’une exigence intellectuelle défendue par Julien Gracq dans le célèbre En lisant, en écrivant, dont il est comme un hommage appuyé.

Sa spécificité est de tenir ensemble l’acte de création littéraire, l’acte de lecture ou de jugement critique, et les dispositifs de diffusion, de promotion et de publication, qui, entre médiation et médiatisation, informent les œuvres littéraires. Son ambition est aussi de convaincre les étudiants que la critique littéraire est un acte double de lecture et d’écriture, inscrit dans l’histoire d’un genre, vieux de plusieurs siècles. La création littéraire, comme la lecture critique qui l’accompagne, sont ainsi envisagées comme une pratique artistique, culturelle, sociale et technique qui a une histoire et un devenir. L’enjeu est donc de penser la littérature par le biais d’une lecture médiatrice capable de la réinscrire dans le champ plus vaste de la culture, à l’heure des industries culturelles de masse et de discours publicitaires et promotionnels à la fois agressifs et creux, mettant en orbite à chaque rentrée littéraire une poignée d’auteurs au détriment de tant d’autres, sans véritables arguments. Il s’agit donc pour l’écrivain de se situer à rebours des techniques promotionnelles pratiquées dans les milieux professionnels éditoriaux, et en complément – voire en réaction – des enseignements techniques qui forment les étudiants libraires et bibliothécaires à la rédaction des « coups de cœur », et les futurs éditeurs à la défense d’un catalogue et de nouveautés.

En ce sens, il ne s’agit pas de faire appel au dispositif qui permet aux enseignants de l’université d’inviter un écrivain pour une ou deux conférences (dispositif des « Écrivains à l’Université » mis en place par la MEL), mais d’initier une collaboration d’un autre ordre avec un écrivain, collaboration qui suppose que l’écrivain puisse rester dans les murs de l’université suffisamment longtemps pour s’engager à la fois dans son projet d’écriture personnel et dans la rencontre régulière avec des étudiants en cours de formation à leur future mission de médiation culturelle.

L’atelier d’écriture critique et l’animation du blog du master

Un blog a été créé par les étudiants de master 1, http://mastermdl.u-paris10.fr, rebaptisé Nuage critique, que cette expérience d’atelier de critique littéraire permet de faire vivre et de pérenniser.

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